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Penser, c'est déjà désobéir...

et désobéir, il faudra bientôt y penser!
 

 

6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 12:07

Sinistres mais révélateurs, les suicides à France Télécom ne doivent pas devenir l'arbre qui cache la forêt. Car depuis des dizaines d'années, des salariés meurent deux fois. Physiquement, puis symboliquement. Ils meurent car ils travaillent. Ensuite, ils meurent du silence et du mépris ; de l'absence de reconnaissance pénale, médicale et publique, des causes professionnelles de leurs décès.

Plus de 2 personnes chaque jour décèdent en France d'accident du travail. En 2006, près de 50 000 ont subi une incapacité permanente à la suite d'un accident du travail. Depuis 1995, les maladies professionnelles reconnues ont doublé. Le nombre des cancers professionnels explose. Liés à la multiplication des postes intenables, les dommages psychologiques ruinent toujours plus de vies (et de familles). D'ici à 2020, au moins 80 000 salariés exposés à l'amiante disparaîtront. (…)

Des chiffres? C'est un salarié qui se jette du 5ème étage, devant ses collègues, au Technocentre Renault-Guyancourt, victime d'impératifs de productivité intenables et des harcèlements qui vont avec. Des chiffres? C'est, le 31 mars, Vincent, un cariste de 30 ans, retrouvé mort, une plaie à la tête (…). La direction, arguant d'une baisse d'activité, venait de mettre en place des postes solitaires. Avant, les agents étaient 2. Enfin, vient l'été meurtrier à France Télécom : 23 suicides depuis février 2008 ; cet été, 6 suicides et 4 tentatives. Victimes d'une "mode" ? Ce mot du PDG de l'entreprise exprime l'immense coupure entre la direction et les agents. Se poignarder devant ses collègues, sauter par la fenêtre de son bureau et mourir à 32 ans serait donc le dernier chic ? Quelle obscénité ! Et quelle infamie que ce numéro vert mis en place par la direction, comme si ces morts relevaient de "problèmes personnels", alors que, d'évidence, c'est l'organisation du travail qui est en cause.

Partout, la mise en concurrence accrue des salariés, les mobilités forcées, l'intensification du travail cassent la qualité, la sécurité et le sens même de l'activité.(…) On sélectionne les sous-traitants les moins coûteux qui économisent sur la prévention des risques, la sécurité, la formation des personnels. Partout, les parcours professionnels sont plus discontinus : les salariés exposés à des substances cancérigènes peinent à faire établir la cause professionnelle de leur cancer. (…) Dans l'industrie nucléaire, il s'agit d'une règle : depuis vingt ans, plus de 80 % de la dose collective d'irradiation reçue par les travailleurs du parc nucléaire est supportée par des salariés d'entreprises intervenant comme sous-traitants ou intérimaires. (…)

Lorsque, en bout de course, résistant aux pressions, les salariés demandent qualification de leur cancer en maladie professionnelle devant les tribunaux, les entreprises affirment que les causes sont à chercher du côté du salarié lui-même. Pour les suicides, ce sont "ses amours, ses amis, ses emmerdes".

Jusqu'à quand ces tués à la tâche resteront-ils invisibles, sous-évalués, sous-indemnisés ? Tant qu'ils ne coûteront rien. Un vol de sac à main est condamné à six mois de prison ferme devant tout tribunal correctionnel. (…) Pour un accident du travail, l'employeur est, au mieux, coupable d'homicide dit "involontaire". (…)

Les procédures sont fréquemment classées sans suite et les indemnisations sont dérisoires. Une telle impunité conduit à juger négligeable le coût des impératifs de prévention des risques. Une convocation au pénal des entreprises reconnues fautives (assortie de réparations financières dissuasives) inciterait peut-être à plus de prudence. Puisque seul intéresse le porte-monnaie !

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Published by Sud Collectivités territoriales Basse-Normandie - dans Santé
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